Le président ouvre la séance et remercie les présents avant de soumettre à l'assemblée deux nouvelles candidatures. Il poursuit par le traditionnel programme des activités à venir.

Deux ouvrages paraîtront prochainement:

1) - Une monographie sur Frontenac par J. Bouquié,

2) - Une réédition d'un ouvrage épuisé d'André Ancourt:  Les noms de nos rues    (Salingardes 1951), complété par des membres de la Société de:  " Voies et autres lieux"

Dernières informations:

-- Au musée, dès le premier avril, jusqu'au 30 , exposition  de photos sur Villefranche par le photographe Cici de Pula (Croatie).

-- Dernières précisions sur la sortie vers le Bordelais, 24-25 avril 2010.

Alain Peyrefitte  (26 août 1925 - 25 novembre 1999)

par Jean Delmas

 

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Jean Delmas nous présente la vie d'un natif de la Basse-Marche du Rouergue, au destin national, Alain Peyrefitte, né à Najac le 16 août 1925.

Cette conférence était prévue le 7 novembre 2009, pour le dixième anniversaire de sa mort mais un contretemps la fit ajourner.

Alain Peyrefitte a assez peu évoqué ses origines et son enfance aveyronnaises, il cherchera même à gommer son accent rouergat, sans doute pour s'intégrer plus facilement dans la vieille aristocratie politique. Jean Delmas va privilégier ces jeunes années formatrices, les moins connues du grand public, aprés avoir cependant détaillé les moments les plus importants de sa longue carrière politique.

Précoce, d'une grande intelligence, travailleur opiniâtre et capable de "rebondir", il accumulera diplômes et hautes fonctions:Normale Sup. à 20 ans, É.N.A. à 21 ans, secrétaire d'ambassade à 24 ans, consul de France à Cracovie à 29 ans, député à 33 ans, ministre à 37 ans jusqu'en 1981- mais avec des interruptions-, (aux ministères des Rapatriés, de la Recherche, de la Culture et de l'Environnement, de l'Information, de l'Éducation nationale, de la Justice etc..), académicien à 54 ans, encore sénateur à la fin de sa vie. Il servit trois présidents de la République. Ces éminentes fonctions lui laissaient encore le temps d'écrire de nombreux et remarqués ouvrages d'analyse et de réflexion, où la philosophie trouvait toute sa place. Son best-seller : "Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera" - ouvrage prémonitoire - atteindra les 1 800 000 exemplaires.

Alain Peyrefitte naît à l'école publique de Najac où enseignaient ses parents. Ses prénoms Roger et Antoine ne le distinguent pas de son homonyme - écrivain controversé -, il fera des démarches en 1957 pour se prénommer Alain.

Peyrefitte n'est pas un patronyme rouergat, le grand-père Basile naquit en Ariège en 1861. Ses fonctions de gendarme le conduisent à Saint-Beauzély- en Aveyron- où il se mariera avec Marie Calmels. Après la loi de 1905, Basile, en poste à Capdenac interviendra de manière décisive pour permettre l'inventaire de l'église, contre le gré de la population

De l'union de Basile et de Marie naquit Jean en 1896. Il deviendra instituteur et en 1920, il épouse une femme de caractère, Augustine Roux, fille d'un très petit propriétaire de Sévérac mais aussi instituteur, secrétaire de mairie et correspondant de la Dépêche. Monsieur Roux, assez indifférent à la religion, décède accidentellement. Le curé se venge de cette tiédeur spirituelle en imposant le service minimum pour les obsèques. Cette humiliation révolta sa fille Augustine qui en devint anticléricale.

Les enfants Peyrefitte ne recevront aucune éducation religieuse. Après Najac, le couple s'installe à Aubin, puis à Rodez où Jean devint aveugle. Son épouse et ses enfants doivent l'aider car il n'abandonne pas ses fonctions d'enseignant. Cet handicap sera douloureusement ressenti par toute la famille. Malgré ces difficultés, les enfants réussissent bien en classe et la famille obtient un poste à Montpellier, ville universitaire, où les fils Peyrefitte entament des études qui se révèleront brillantes. Alain n'en oublie pas pour autant le Rouergue et Saint-Beauzély reste un paradis où, durant les vacances, le futur ministre alternera chapardage et braconnage sans pour autant négliger ses lectures.

Après la libération, détaché au C.N.R.S. pour étudier la société traditionnelle corse, il sera hébergé dans un couvent de Dominicains. Ce sera l'occasion d'y approfondir sa foi, en rupture totale avec l'anticléricalisme familial. Est-ce aussi pour cela qu'il n'évoquera qu'avec réticence ses origines et son histoire familiale et qu'il cherchera à atténuer son accent rouergat?

Par son exposé dense et alerte, Jean Delmas a su captiver son auditoire en nous présentant une personnalité complexe, sensible et rigide, apportant de l'humanité à une image austère, autoritaire et liberticide gardée de lui par ceux qui avaient 20 ans en 1968.