André  Trébosc ouvre la séance  en remerciant les  personnes  présentes  puis   rend  hommage aux sociétaires récemment décédés en rappelant  le rôle qu'ils ont tenu dans la vie de notre société.

En 2013-2014, la S.A.V.B.R. fêtera ses 100 ans, nous envisageons  déjà des  manifestations   pour  cet évènement;  afin de  maintenir la Société  vivante  et dynamique, le président lance un appel  pour favoriser de nouvelles adhésions qui apporteront renouvellement,   énergie et  créativité. Aujourd'hui, une seule personne demande à intégrer notre groupe, elle est admise à l'unanimité.

Claude Massot, qui fait partie du groupe des peintres-ingénieurs  centraliens et polytechniciens,  a fait don à la Société de quatre de ses tableaux  après son exposition à Villefranche,  sous la halle. Le président le remercie pour ce précieux don.

Avant de passer aux projets, A. Trébosc  revient sur le succès de la visite  d'Albi et félicite Danièl Brillet qui en avait conçu le programme.

Une exposition sur les chemins de St-Jacques aura lieu à l'abbaye Saint-Michel de Gaillac où elle sera visible jusqu'au 31 décembre 2011, André Trébosc encourage les sociétaires à la visiter.

Un ouvrage édité conjointement par la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron  et la S.A.V.B.R. sera présenté à la presse, le 15 décembre, à la mairie de Villefranche. Il s'agit des "Mémoires d'un juge-mage du Rouergue pendant les guerres de religion" (1561 - 1571)  par  Jean de Colonges. Une souscription est ouverte, vous trouverez  les informations nécessaires dans le billet  précédent.

André Trébosc passe ensuite la parole à Michel Maleville pour la présentation de sa conférence:

"Agriculture et élevage en France.    10 000 ans d'histoire"

Michel et Michèle MALEVILLE

 La conférence porte sur les étapes du développement de l'agriculture puis de l'élevage  depuis le néolithique jusqu'à la période actuelle. "Résumer 10 000ans en 1heure 30 n'est pas chose aisée" note Michel Maleville. Il lui  faudra un peu plus de temps pour la présentation de son exposé mais le sujet  passionnant en lui-même, la projection  de diapositives avec  schémas et photos, et, lorsque celà sera  possible, le recours à des documents  locaux,  ont falicité l'intérêt, l'écoute et la compréhension d'un contenu  précis et étoffé. Ce bref résumé ne peut qu'en donner une idée lointaine.

Sur une telle période, les repères chronologiques s'imposent. Depuis son apparition jusqu'à environ 10 000ans BP, l'homme, comme tous les autres animaux, est un chasseur-cueilleur. C'est alors que dans le Croissant fertile, en Mésopotamie, l'homme commence à se distinguer de l'ensemble des êtres vivants en passant progressivement de la prédation à la production.  La maîtrise de la nature va s'amplifier et son  aire  d'extension  se propager vers le continent européen en modifiant  profondément les modes de vie précédents. Le nomadisme va régresser petit à petit, (il faut bien attendre que la récolte mûrisse) mais l'apprauvissement des terroirs nécessitera encore quelques  déplacements. Des villages puis des villes se développeront. Le mégalithisme, l'écriture, la roue puis l'araire apparaîtront successivement.  Le conférencier insiste sur les  changements profonds dans les mentalités apportés par cette nouvelle orientation. Quelques heures par jour suffisaient aux chasseurs-cueilleurs pour se procurer de la nourriture, avec l'agriculture ce sera un travail quotidien et incessant pour des rendements médiocres. La protection des récoltes a dû générer les premiers conflits. Est-ce le souvenir de ces temps immémoriaux qui  donnera  bien plus tard le mythe du Paradis Terrestre où tout était disponible en abondance dans la félicité ?  Mais le développement important de la population interdit tout retour en arrière.

Système agraire sur abattis-brulis.       (7000ans- vers 3000 BP)

Les contraintes sont énormes, il faut abattre la forêt, brûler les arbres et planter entre les souches. Les plantes cultivées se défendent mal contre les  plantes sauvages  qui profitent aussi des soins pour se réinstaller rapidement. Il faut protéger les récoltes puis les grains contre les animaux et autres prédateurs. Une nouvelle organisation sociale va se mettre en place.

Les premières céréales ( froment, blé dur, blé amidonnier etc) seront associées aux légumineuses ( pois, gesses, lentilles, fèves, etc). Les plantes potagères et les arbres fruitiers apporteront leurs compléments alimentaires quelques millénaires plus tard.

Les groupes humains développeront aussi l'élevage avec la domestication du chien, du mouton, de la chèvre, du porc, du boeuf et de l'âne  puis plus tardivement du cheval. Les sites archéologiques de Roucadour dans le Lot ( 6000 à 3000 BP) et de Foissac ( 5000 à 4000 BP) ont livré des restes de plantes, fruits et ossements d'animaux en cohérence avec d'autres sites européens.

Les outils de travail du sol: bâton fouisseur, bâton aplati, bêche, fourche et houe, d'abord en bois, resteront de forme quasiment identique jusqu'à aujourd'hui; le bâton-crochet de grande dimension, attelé à un animal, donnera plus tard l'araire.

Néolithique - les outils en bois

 

Système agraire à jachère et culture attelée ( 2500 avant J.C.  jusqu'à 1850 ).

L'homme commence à utiliser les animaux pour tirer l'araire, un dessin rupestre du Mercantour datant de 2500 av J.C. montre un cultivateur tenant le mancheron d'un araire tiré par deux boeufs. ( On peut noter que l'araire sera  encore utilisé, occasionnellement, dans le villefranchois au début du XX ème dans les terroirs caillouteux.) Pour détruire les mauvaises herbes dès le début de leur développement, l'agriculteur doit passer et repasser fréquemment l'araire sur un même espace qui ne sera pas ensemencé: c'est la jachère. Après un an d'efforts, le terrain ainsi débarrassé des plantes concurrentes pourra recevoir la semence dans de bonnes conditions. La rotation des cultures assurera de meilleurs rendements.

La carte de Cassini et surtout les cartes de l'atlas de Trudaine donnent une idée de la répartition des cultures dans le villefranchois au XVIIIe : vignes et vergers sur les côteaux, bois dans les zones pentues, prairies dans le fond des vallées et cultures vivrières sur les plateaux. Cette répartition se vérifie encore sur la carte de Najac.

Une série de belles enluminures présente les divers travaux des champs avec outils à mains et attelés. A cette occasion, Michel Maleville rappelle que le jardin potager est, dès l'origine,  un espace clôturé et protégé, proche de la maison et bénéficiant de toutes les fumures et de tous les soins.

Système agraire sans jachère et mécanisé  ( 1850 - 1950 )

A partir de 1845, un chimiste allemand, von Liébig, versé dans l'éclectisme, ( il développera le bouillon de viande en 1865) démontre que les plantes se nourrissent d'éléments minéraux et non organiques. Cette découverte aura d'importantes conséquences.  C'est le début des engrais chimiques, les Anglais adoptent immédiatement cette théorie et importent les phosphates du Lot.

Des cartes postales vantent l'augmentation des rendements après adjonction de divers engrais. C'est aussi le développement de la mécanisation à traction animale. Mais  en Rouergue, on moissonne encore à la faucille après 1900 et pourtant les Celtes avaient conçu une "moissonneuse" poussée par un animal, des lames de galet et de silex tranchaient les pieds de céréales et les épis  se rassemblaient  dans un  caisson.

Trois  cartes postales de différentes époques  du tournant de La Roque montrent bien que la vigne, omniprésente au début du siècle,  va régresser régulièrement  jusqu'à sa quasi disparition aujourd'hui.

Système agraire moto-mécanisé et chimisé  (1950 - 2011)

Après la seconde guerre mondiale, les moteurs à explosion envahissent les campagnes et animent des machines de toutes sortes, rendant moins pénibles les travaux des champs. Malgré un exode important et une réduction des nombres des agriculteurs, les rendements augmentent avec l'apport de la chimie pour traiter les maladies et détruire les mauvaises herbes.  L 'objectif est de produire beaucoup et à bas prix. L' augmentation des rendements s'accompagne de pollution et des voix s'élèvent pour lutter contre une agriculture déraisonnée utilisant trop des produits toxiques. N'est-il pas possible de  réduire le recours à la  chimie même s' il faut nourrir aujourd'hui 7 000 000 000 d'humains ?

Michel Maleville termine sa conférence sur les nouveaux défis de l'agriculture . Sa présentation et son travail dense et très documenté sur ce  thème inédit parmi  les sujets exposés  dans  notre Société  ont conquis l'auditoire.