André Trébosc, président, ouvre les travaux de  l' Assemblée devant une trentaine de participants en faisant le bilan des activités passées, souligne la réussite des dernières sorties et en remercie les initiateurs: Daniel Brillet et Françoise Bessou. Il évoque ensuite les projets :

- la parution, le 14 décembre, d'un roman inédit de Jean-Raymond BOUDOU "La maîtresse et l'enfant" édité par notre Société, (réception en mairie ce même jour, en présence de Mme Boudou)

-le programme des causeries de l'Atelier Histoire  & Patrimoine pour les six prochains mois,

- les projets de manifestations pour le centenaire de la Société. (1913-2013)

Après avoir présenté deux nouveaux adhérents et répondu aux questions, il annonce la recherche de Gabrielle Bonnet sur "Le ruisseau de Notre-Dame."

Ce ruisseau, qui mêle ses eaux douteuses à celles de l'Aveyron entre les deux ponts, a connu de telles transformations au cours du dernier siècle que nombreux doivent être les villefranchois nés dans les dernières années du XXe à en ignorer le tracé dans la ville, souvent morcelé entre  passages  souterrains et  parties à l'air libre. Presqu'entièrement canalisé, il ne correspond plus aujourd'hui aux images bucoliques habituellement associées au terme:"ruisseau". Ceux nés vers le milieu du XXe n'ont pas oublié l'aspect peu engageant et les odeurs nauséabondes que généraient l'été ses tronçons à l'air libre, alors que les plus anciens ont le souvenir d'un cours d'eau agréable, entre Treize-Pierres et le moulin de la Conque,  bordé de peupliers, dont l'eau claire abritait de nombreuses espèces de poissons et écrevisses, il était le lieu de promenade lors des sorties dominicales dans un espace encore naturel.

Ce ruisseau a joué un rôle économique important dans les siècles passés, c'est cette histoire que nous présente Gabrielle Bonnet.

Le ruisseau de Notre-Dame

Avec photos, plans et cartes actuels et anciens,  Gabrielle Bonnet a réalisé  une étude géographique et historique très documentée  sur ce cours d'eau.

Ce ruisseau prend sa source dans la commune de Toulonjac sur un terrain calcaire, perméable et se jette dans l'Aveyron 5 560m plus loin  après un dénivelé de 76m, soit avec une pente moyenne de 1,4% environ. Ce profil presque horizontal avant l'approche de la ville s'accompagne d'une tendance à la stagnation avec formation de marécages.

Vers la sourceConfluent

A son début, à proximité de sa source asséchée en cette fin d'automne, le ruisseau se repère à des lignes d'arbres longeant un fossé sec. Il recevra, rive droite, un petit affluent qui alimentait le lavoir des Imberts, puis un peu plus loin la faible source minérale de Treize-Pierres. Rive gauche, la fontaine Pergolèse lui ajoutera son trop-plein.

Sur le sol villefranchois, il se divise en filets insignifiants. L'atlas de Trudaine  - par la précision du dessin - donne une idée assez précise de ce qu'étaient les prés de Notre-Dame au XVIIIe.

 

Atlas TrudaineBordure de peupliers                                                                                                 Arrivé à l'étang de la Conque, un bras alimente le moulin, l'autre s'échappe, sous la route vers la Boudoumie.

 

Moulin de la ConquePassage canalisé

L'eau,  après la retenue, animait  encore deux autres moulins avant de réapparaître à l'air libre face à l'ancien collège. Ce tronçon  rejoint le bras longeant le parking des ruelles sous la route puis le Vénéric. Les eaux réunies bordent ensuite le mur de la Sainte-Famille, jouant autrefois un rôle de défense dans la douve. D'autres moulins utiliseront leur énergie vers le Guiraudet avant qu'elles  rejoignent l'Aveyron.

Aujourd'hui, ce ruisseau en pointillés semble n'avoir aucune utilité, pourtant dans l'histoire économique de la cité, il eut un rôle important. Sa pente augmente après l'étang de la Conque, il accueillait alors  les activités malodorantes et polluantes, nécessitant beaucoup d'eau et un certain débit, qui devaient s'éloigner du centre ville.

La maison des bouchers

En 1628, la "tuerye"  (ou thuerie),  maison des bouchers sera contrainte de quitter la ville pour s'installer au faubourg Savignac, dans la rue Borelly actuelle. Elle quittera ce faubourg en 1746 pour s'installer sur le bord de l'Aveyron.

Les moulins

Trois moulins fonctionneront au faubourg Savignac et deux autres vers le Guiraudet. L'ouvrage très documenté de M. Clerc sur "Les moulins d'antan de la commune de Villefranche-de-Rouergue" (toujours disponible à la vente) étudie cette longue histoire.

Les teintureries

Quelques teintureries se sont établies sur les bords du ruisseau, cette activité polluante nécessitait de fortes quantités d'eau courante.

Les blanchisseries

Elles apparaissent au XIXe et traitaient la graisse fondue animale pour chandelles ou la cire d'abeille pour cierges.

Les tanneries

Neuf tanneries en 1625, douze en 1652, neuf en 1673 puis trois en 1823 utilisaient les peaux vendues par les bouchers pour les transformer en cuir: opérations longues, pénibles, insalubres et malodorantes. La dernière tannerie Fontages fermera en 1948.

Des mégissiers et des bourreliers s'installeront aussi faubourg Savignac.

 Cette eau, chargée de déchets organiques et industriels,  animait ensuite dans des tourbillons d'écume les aubes des moulins.

Les intempéries

D'un débit moyen de 220l par seconde - à peine 11l/s en période d'étiage - le ruisseau pouvait croître jusqu'à 3 300l/s en période de crue.

Les annales gardent le souvenir de ces excès en 1619. En  1712 les eaux endommagent faubourgs et moulins au point que tous les religieux furent sollicités pour apaiser la colère de Dieu. En 1725 les eaux de l'Aveyron, de l'Alzou et du ruisseau Notre-Dame causèrent de gros dégâts.

Début XIXe,  les riverains  seront obligés de désobstruer le ruisseau après les inondations catastrophiques de 1800.

En 1826 le niveau de l'eau monta au point que les bâtiments du collège furent envahis.

En 1960, la coopérative agricole et le cinéma connurent la dernière colère des eaux.

Ce ruisseau n'a aujourd'hui aucun rôle économique, peut-être ne fera-t-il parler  de lui que pour ses accès de fièvre?

 

Cette recherche originale révèle la grande importance que ce modeste ruisseau joua dans la vie de la cité, importance que l'on ne peut  soupçonner au vu de son apparence actuelle.

Cette étude sera publiée dans un prochain ouvrage de mémoires.

Photos 1, 2, 3, 5, 6.  Gabrielle Bonnet