Dernière  assemblée générale trimestrielle de l'année,  présidée par Claude Loupias, nouveau président qui succède à André Trébosc après sa décision de ne plus assurer ses fonctions à la tête de la SAVBR - pour raisons personnelles -  le 1er juin 2013.  Alors vice-président, Claude Loupias accepte - non sans gravité - en conformité avec l'article 7 des statuts - la présidence après son élection à l'unanimité des présents.

Claude Loupias rappelle d'abord le rôle majeur joué par André Trébosc lors de ses 7 années de présidence: tâche importante menée dans un climat de sérénité apprécié de tous  et gage d'efficacité à laquelle chacun avait à coeur de contribuer. Nous sommes heureux de voir qu'André Trébosc continuera de faire part de son expérience  à nos côtés  en acceptant le rôle de vice-président.

AG 30 nov 2013

L' ordre du jour de l'assemblée fait un retour  sur les activités passées -  ( voyages et exposition sur " la vigne et le vin en Bas-Rouergue") - et propose un programme jusqu'à fin septembre 2014. La  lettre d'information No 35 en précisera le détail.

Avant la présentation de la recherche de Gabrielle Bonnet  sur le théâtre, l'assemblée accepte avec joie la venue de 9 nouveaux membres en espérant qu'ils seront satisfaits des activités et qu'ils constitueront une force de proposition indispensable à notre rayonnement.

 

Le théâtre à Villefranche de 1898 à 1914

Au cours de la dernière semaine de septembre 1898, de grandes festivités attirent  vers Villefranche une forte  affluence désireuse de participer à de nombreuses animations: courses à vélo, spectacle de Guignol, défilé auvergnat, grand concours de bourrées avec des cabrettaïres, bals champêtres, grande bataille de confetti et lâcher de pigeons voyageurs. Trois journées de liesse générale qui se termineront par une soirée de gala au théâtre car il s'agit d'inaugurer solennellement l'ouverture de cette "Salle des fêtes" nouvellement construite.

D'autres salles avaient reçu  des acteurs  dans les siècles précédents mais le public exigeait maintenant une "salle des fêtes" digne d'accueillir de grandes troupes. Les maires Andorre et Marcellin Fabre firent preuve d'opiniâtreté pour persuader le Conseil municipal d'en réaliser l'étude. La décision fut prise le 26 août 1894, c'est l'architecte Fages qui étudiera  la conception   d'une salle neuve sur l'ancien Palais de Justice; les travaux prendront fin le 17 août 1898.

Le succès fut immédiat; le 24 septembre, le Théâtre français de Toulouse présente: "Les surprises du divorce" devant un parterre de notables, deux autres séances "populaires" s'adressent à un public plus large.

La presse locale: "le Narrateur" et "le Progrès" fournissent les noms des troupes et de leurs pièces de 1898 à 1914. Opéras ou opéras comiques, opérettes, vaudevilles, drames,  tragédies et comédies, célèbres ou non, seront présentés à Villefranche avec des succès divers. La Dame aux camélias, les cloches de Corneville, Faust, la fille de madame Angot, les mousquetaires au couvent, Rigoletto, le barbier de Séville, Mireille, la Traviata, Michel Strogoff, Hernani, Poil de Carotte, Madame Sans- Gêne, Britannicus, On ne badine pas avec l'amour ...et d'autres oeuvres moins connues comme "la Casserole "ou "la Bonne à tout faire" se partageront l'affiche.

Les villefranchois sont gâtés, les critiques locaux affirment "qu'il est inutile d'aller à Toulouse, on a aussi bien ici".

Mais la programmation d'un théâtre n'est pas un long fleuve tranquille, certains spectacles ne font pas l'unanimité, des troupes refusent de jouer, d'autres escamotent une partie d'une pièce mal engagée, les spectateurs souffrent du froid et des courants d'air. Un article de 1901 évoque avec beaucoup d'esprit les souffrances des spectateurs dans un théâtre sans chauffage. Déjà en l'hiver 1899, les rares spectateurs sont réduits à l'état de boules immobiles, repliées sur elles-mêmes, pour tenter de conserver leur chaleur qu'un public clairsemé ne peut entretenir.

Des troupes locales animeront des spectacles gratuits - ou payants pour dons aux pauvres de la ville. Dans ce cadre, Francis Carcopino, le futur Francis Carco, fait ses débuts à 16 ans.

Le 30 mai 1903, un chanteur charme, par le velouté de sa voix, un public conquis qui en a fait son favori. Emile Bessière naît le 15 août 1860 à Montsalès d'une mère aveyronnaise, tenant avec son mari un commerce de vin à Paris; les parents seront vite déroutés par cet enfant bohême qui parcoura le monde durant deux ans, abandonnant un projet parental de comptable. Sa voie est trouvée, il sera compositeur et chanteur, Yvette Guibert reprendra ses compositions. Le 25  avril 1904, lors de l'inauguration du buste du sergent Borie, Emile Bessière reviendra et fera sa dernière apparition à Villefranche les 19 et 20 novembre pour présenter une revue locale en un acte.

Petit à petit, l'engouement pour le théâtre tombe: tournées plus rares, spectacles moins intéressants suscitent de nombreuses critiques. Le cinéma s'implante alors en 1912 grâce à Joseph Latour, ancien publiciste à Paris, qui obtient du maire la location de la salle des fêtes deux jours fixes par semaine de septembre à juillet. C'est le spectacle de l'avenir, le "Splendid Cinéma" attire une grande foule, le succès ne se dément pas, les louanges affluent, on refuse du monde. M. Borel assure la succession et le 20 novembre 1914, J. Latour arrête son industrie pour cause de guerre.

Gabrielle Bonnet termine cette passionnante évocation de 15 ans de vie théâtrale à Villefranche par la lecture d'un écrit sarcastique de grande qualité littéraire critiquant cett "dispendieuse création" d'une utilité contestable paru le 20 avril 1901, trois ans seulement après une inauguration somptueuse.

 

Le récit complet de cette recherche paraîtra dans le prochain ouvrage de Mémoires de la SAVBR.