Claude Loupias

Le 26 avril 2014, les Amis de Villefranche se réunissent dans la maison des sociétés pour leur traditionnelle assemblée générale de printemps.

Le président Claude Loupias propose de débattre selon l’ordre du jour habituel. D’abord l’assemblée accepte définitivement – et à l’unanimité - la candidature de quatre nouveaux sociétaires et leur souhaite de retirer de nombreuses satisfactions de la participation à nos travaux. Il revient ensuite sur nos activités passées avant d’apporter des précisions sur les projets des prochains mois.

Pour terminer, Claude Loupias remercie deux sociétaires pour leurs précieux dons effectués pour enrichir notre bibliothèque pour le bénéfice de tous les chercheurs.

Il est ensuite temps de passer la parole à Daniel Brillet

Danièl Brillet

qui nous propose:

L’étude de la symbolique du retable des Pénitents noirs de Villefranche.

 

 

 

 

Retable Pénitents noirs(Photos D. Brillet)

Danièl Brillet que nous apprécions aussi pour son désir de renouveler le regard porté sur le patrimoine local nous présente aujourd’hui une étude symbolique, non exhaustive à cause des contraintes horaires de cette réunion, du retable des Pénitents noirs.

L’analyse historique du contexte dans lequel a été créée la confrérie des Pénitents noirs montre que l’Église catholique mène, début XVIIe, une forte reprise en main de ses ouailles pour éradiquer l’idéologie protestante. Début XVIe des idées nouvelles s’étaient propagées et avaient séduit les bourgeois se considérant bridés par l’Eglise catholique qui répugnait à l’enrichissement par le négoce conduisant à l’accumulation de l’argent.

Le calvinisme s’installe à Villefranche en 1532 et en 1559 un pasteur genevois prêche dans la bastide ;   assez vite les mesures répressives apparaissent : en 1554 un maître d’école est jugé, en 1561 Raymond Gauthier de Savignac, le chef des Huguenots du Rouergue occidental, est chassé de la ville. Cependant les exactions continuent : la collégiale est mise à sac en 1561 et, cette même année, les chartreux doivent quitter leur monastère qu’ils ne retrouveront qu’en 1572 après la réparation des dégradations.

Après le massacre de Graves où périrent les Huguenots rassemblés, en 1570, Georges d’Armagnac – puis François de Corneilhan – cherchent à promouvoir un renouveau catholique avec l’aide militante des Jésuites. En 1595, l’édit de Nantes autorise la liberté de culte mais affirme le catholicisme comme religion d’Etat.

Aux Cordeliers, Augustins et Chartreux déjà présents, le XVIIe voit de nouvelles institutions religieuses proliférer à Villefranche : Capucins (1608), collège des Doctrinaires (1662), Ursulines (1627), Visitandines (1641) et création du séminaire de Bonald (1648).

L’expression protestante déjà affaiblie est ainsi cadenassée. Alors qu’elles n’ont encore aucun lieu spécifique pour leurs dévotions de nouvelles institutions laïques de pénitents se créent à Villefranche en 1609 rassemblant marchands, bourgeois, nobles, religieux ; elles doivent   concourir au renouveau du catholicisme.

Les Pénitents bleus s’installeront sur un patus des Augustins mais exerceront leur culte dans une maison mitoyenne en attendant l’aménagement de leur chapelle. Les Pénitents noirs, hébergés dans la chapelle Saint-Jacques jusqu’en 1664 prendront possession de leur lieu de culte après la consécration de Louis Fouquet.

Dès l’entrée, le décor intérieur foisonnant du retable, en rupture avec la sobriété de la façade, attire tous les regards. Danièl Brillet propose d’une manière précise une analyse thématique de cette œuvre d’une grande richesse en la rattachant à la Contre Réforme. La chronologie de la Passion du Christ s’y déroule en 4 tableaux, étudiés méthodiquement, séparés par des colonnes torses. Au centre un Christ janséniste surmonte le tabernacle. A un niveau supérieur, la Trinité, les Evangélistes complètent la statuaire où l’on remarque aussi saint François de Salles.

 

la Passion (détail)

L’exubérance, l’expression des personnages et la force qui s’en dégage, les ors, les douze colonnes salomoniques caractérisent cet art baroque qui est devenu le support populaire de la Contre-réforme. Il fallait une rupture avec l’art de la Renaissance trop imprégné de paganisme ; un monde nouveau apparaissait qui devait avoir sa propre expression artistique, le baroque jouera ce rôle, il devra séduire et démontrer, s’adresser à la raison et à l’esprit, ramener une ferveur religieuse par une forme de spectacle compréhensible pour tous.

Les Jésuites contribueront à diffuser cet art nouveau qui, au-delà de la piété religieuse, va favoriser un système politique avec un fort pouvoir monarchique.

Les peintures du plafond montrent un Louis XIV barbu, alors qu’il était glabre, pour le rapprocher d’une autre représentation, celle de Constantin, vainqueur de Maxence grâce à une intervention divine. Constantin, reconnaissant, protègera les chrétiens dans l’empire romain. Le roi de France est ainsi assimilé à celui qui favorisa la diffusion du christianisme.

 

Retable (détail Louis XIV)

D’autres niveaux de lecture seront proposés par le conférencier qui, dans un long développement allégorique, fait de Louis XIV – seul Roi Soleil – le dernier représentant d’une longue tradition issue de l’Antiquité, où les rois, à la fois souverain et prêtre, se référaient à un culte solaire, en lien avec le divin, qui en faisait des représentants de Dieu sur terre. (Il est plaisant de constater qu’entre 1645 et 1715, au milieu du petit âge glaciaire, l’activité solaire connut un fort affaiblissement, responsable de refroidissement et de mauvaises récoltes, une face sombre du règne du Roi-soleil.)

Le conférencier met un terme à sa présentation pour raison d’horaire, il sera applaudi et remercié car cette analyse renouvelée conduira tout visiteur à porter un regard nouveau sur ce magnifique monument du patrimoine villefranchois que l’on croyait connaître.

Pour clore la séance fut projeté un film sur le patrimoine rouergat qui plut beaucoup à l’assemblée et que l’on peut retrouver sur:

 http://vimeo.com/88244811