Bruno MURATET

Le 11 avril 2015, le nouveau président de la SAVBR, Bruno Muratet, salue les nombreuses personnes venues  à cette Assemblée générale suivie d'une conférence,  puis présente le nouveau bureau issu du Conseil d'Administration  du 7 mars 2015. Claude Loupias - président sortant - non  candidat à sa succession, accepte néanmoins la fonction de vice-président. Danièl Brillet et Jean Richy poursuivent respectivement leur mission de secrétaire et de trésorier.

Le rappel traditionnel des activités écoulées et les projets pour le trimestre à venir - particulièrement  la sortie sur Toulouse le 30 mai - terminent l'ordre du jour.

 


 


 

A 15h, Jean Rudelle commence sa conférence annoncée de manière mystérieuse - mais sans doute efficace vu legrand  nombre des auditeurs - par l'affiche suivante.

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Jean Rudelle

 

Il lève  un coin du voile en précisant que ces couleurs ne sont pas celles d'un drapeau mais qu'elles  se rattachent  aux Pénitents noirs, à la houille, aux Pénitents bleus et à l'oxyde de fer. Le mystère est encore entretenu, nous attendons la suite avec intérêt.

De nombreux documents issus d'une recherche minutieuse sur la vie et l'oeuvre du duc Decazes brossent le tableau d'un homme talentueux et séduisant - à l'ascencion sociale vertigineuse - qui le conduira en quelques années de Libourne à Paris -et dont la carrière débute auprès de Louis XVIII en s'autoproclamant préfet de police. Si l'assassinat du duc de Berry, en 1820, met fin à cette carrière, il gardera toujours l'estime et l'affection du roi malgré les écrits des ultraroyalistes dont l'Aveyronnais Clausel de Coussergues l'accusant de complicité d'assassinat. Il deviendra duc de France, ambassadeur en Angleterre,s'intéressera aux mines du Rouergue et Jean Rudelle rectifie une erreur fréquemment répandue: décédé à Paris, sa tombe n'est pas à Decazeville mais à Libourne!

La métallurgie aveyronnaise débute en 1804 à Onet-le-Château avec un essai de fonte à la houille.

le duc Decazes s'intéresse aux mines du Rouergue grâce à son frère Joseph, polytechnicien, préfet du Tarn en 1815. Elie pourra acquérir une concession, secteur de mines de houille  et de fer, appartenant depuis peu à la famille Cibiel. Dès 1826 les deux frères Decazes ont le quasi monopole des concessions, y figurent aussi  des personnes du  carnet d'adresses du duc dont d'éminents géologues, des banquiers mais aucun rouergat.

La fonte à la houille remplacera la fonte au bois seulement en 1852.

François Cabrol, né à Rodez, polytechnicien, fils d'un fougueux président du tribunal révolutionnaire adepte de la guillotine, installe un chemin de fer depuis Marcillac. Son corps repose aujourd'hui dans une immense concession à Decazeville qu'une restauration rénove.Ce personnage à l'énergie débordante fera construire  hauts-fourneaux, hôpital, écoles, voies ferrées, église, routes et ponts dont le fameux viaduc de Malakoff, malheureusement démoli. (Une représentation virtuelle de ce pont se reflétant dans les eaux de l'Adry grâce à  la maîtrise de l'outil informatique  révèle  toute la beauté de cet ouvrage)

D'autres personnes gravitent autour de ces mines dont de Séraincourt, le duc de Morny, un Cibiel. Certaines d'entre elles ressentent la nécessité de faire partie des confréries de Pénitents de Villefranche, ainsi on note chez les Noirs et les Bleus, et même quelquefois passant d'une confrérie à l'autre le duc Decazes, Cibiel, de Séraincourt, l'épouse du préfet de l'Aveyron, des financiers etc etc. On a du mal à imaginer ces personnes  devenues adeptes de la pénitence, défilant pieds nus, vêtues d'un sac. Leur but est ailleurs: tenant les leviers de commande elles avaient besoin d'une reconnaissance populaire.

De ces mines facilement accessibles ont été extraites 3 000 000 de tonnes de minerai sur une centaine de km de galerie, il en reste encore environ 60 000 000 de tonnes mais ,depuis 1920, avec la Lorraine redevenue française  ce minerai n'est pas suffisamment riche. Jean Rudelle nous précise que de 1911 à 1920 un chemin de fer aérien descendait vers Marcillac, toutes les quarante secondes, 10h par jour, 6 jours/semaine un wagonnet de 300 kg de minerai.

De cette épopée il ne reste plus grand chose et Jean Rudelle est attentif à la conservation des derniers vestiges, regrettant particulièrement la suite des faits ayant conduit au démantèlement du viaduc franchissant l'Adry, un bel ouvrage architecturalement intéressant.

Des bénévoles, présents dans la salle, oeuvrent aujourd'hui efficacement à la mise en valeur de ce qui subsiste en le faisant découvrir au public.

Jean Rudelle, conférencier  virtuose, chercheur méticuleux ayant exploré toutes les sources  possibles, appuyant son commentaire  sur des images élaborées avec une recherche esthétique a séduit par ses nombreux talents un  public attentif pendant 1h3/4.

Pour prolonger ce plaisir et profiter de toutes ses recherches, aller sur le site ferrobase.fr