Assemblée générale du  29 octobre 2016

 

                Cette assemblée générale « intermédiaire » est la dernière avant l’AG « solennelle » de février prochain. Le président  fait le point sur les activités déroulées et les projets en cours et commence  par  les deux demandes d’adhésion que l’assemblée confirme à l’unanimité.

 

                Les 3 et 4 septembre 2016, lors du Congrès des radicaux de gauche à la Rochelle, deux élus villefranchois - dont l’un va demander l’adhésion à la SAVBR -, ont vendu 50 numéros de l’ouvrage de Robert Fabre sur le sergent Bories édité par la SAVBR. Bravo pour la réussite totale de cette démarche qui libère nos étagères et renfloue nos finances.

 

                Le 10 septembre la participation de la Société au salon des associations a permis d’utiles  échanges  avec des visiteurs  encore trop nombreux à méconnaître l’intérêt de nos activités et publications.

 

                Lors des journées du Patrimoine, les 16 et 17 septembre, le musée  a connu une affluence inespérée attirée par l’art de la poterie. La SAVBR proposait ses publications à la vente et le 16 le président Muratet  exposait sa  conférence à l’Office du Tourisme sur : « Villefranche à la croisée de l’alchimie et de la chimie », occasion de rappeler les grands noms qui firent autrefois  le renom de Villefranche et qui sont aujourd’hui oubliés.

 

                Les  présidents des deux associations cordaises – MM. Diéval et Manuel -   sont remerciés pour avoir grandement contribué à la réussite de notre   sortie d’automne à Cordes le 15 octobre.

 

                La Société est invitée à participer au deuxième salon de généalogie organisé par l’ARGEA qui aura lieu au Laminoir (Decazeville) les 26 et 27 novembre 2016.

 

                Après avoir  rappelé la grande originalité de la prochaine séance de l’atelier qui accueillera les Musicaires Francis Alet et Thierry Heitz le 26 novembre, le président  parle d’ « année historique » pour évoquer deux faits importants : le déménagement des archives et bibliothèque de la Société à la demande de la Municipalité et la future publication de l’ouvrage de Gabrielle Bonnet sur la gache du Puech avant 1673.

 

-          Les futurs locaux, place Bernard Lhez,  que le président qualifie « d’excessivement bien » devront subir de nombreux aménagements afin d’adapter des locaux d’habitation en salles de réunion, de travail et de bibliothèque. Des demandes de modifications seront faites auprès de la Municipalité.

 

-          Année historique aussi par la prochaine publication des recherches de Gabrielle Bonnet  permettant de suppléer à   la perte  des cadastres de la gache du Puech et de « ressusciter » partiellement  ce quartier avec son bâti  et ses occupants. Ce travail  de longue haleine, d’une grande rigueur, contribue à rendre sensible et vivante l’histoire de la bastide et de ses habitants des XVI et XVIIe.

 

Le président passe ensuite la parole au conférencier du jour.

 

 

Lajoie Mazenc

 

Conférence de Roger  Lajoie-Mazenc  sur son dernier ouvrage «  De terre et de charbon »

 

                Roger Lajoie-Mazenc  accepte volontiers et justifie le terme d’écrivain polygraphe utilisé par le président dans sa présentation : ses expériences croisées de maire, journaliste, coureur cycliste, syndicaliste, membre associatif, … expliquent ses écrits très divers sur la politique, la démocratie locale, le syndicalisme, les conflits sociaux, le cyclisme et la guerre d’Algérie.

 

                Aujourd’hui, son 25ème ouvrage : « De terre et de charbon », évoque sa propre histoire mais précise-t-il, cette saga familiale s’ouvre sur l’histoire globale et permet aussi de ressusciter  toute une époque car il ne s’agit pas d’un roman, toutes les personnes sont réelles. Les deux termes du titre suggèrent des univers durs et sévères, à l’abri de toute joie, où la sentimentalité a peu de place, le récit montrera que les aléas de l’existence renforceront encore cette impression douloureuse.

 

                Pourquoi attendre le 25ème opus pour parler de son histoire ? La réussite d’une cousinade à Maleville dans la famille de son épouse et la découverte « par hasard » d’un acte notarié d’un « Lajoie » retrouvé dans le Lot par son fils lui rappelant des paroles de son père situant  leur origine dans ce département, le décidèrent à entamer des recherches familiales. Une étude rapide confirme l’origine lotoise, ensuite une véritable enquête sociologique et trente arbres généalogiques permettront de construire le récit originel.

 

                Les Lajoie survivaient dans les Causses du Lot, à proximité de Lacapelle-Marival, leur pauvreté les pousse à envisager un départ ; en 1892 l’activité florissante à Decazeville a besoin de nouveaux bras et recrute au loin, trois frères quitteront la terre pour devenir mineurs. Dans ce secteur aussi, le travail est dur et les salaires maigres, les mineurs s’étaient déjà révoltés : en 1883 l’ingénieur Watrin avait été défénestré lors d’une grève. Au cours du procès des accusés  sera évoquée une possible maîtresse de l’ingénieur à La Bastide-l’Évêque, dans l’histoire des Lajoie ce sera une première passerelle entre le Bassin et le Ségala.

 

                Après le grand-père, le père de  l’auteur sera  aussi mineur. Par un ouvrier de La Bastide-l’Évêque, il est mis en relation avec la fille d’un fermier de cette commune, placée bonne à Rodez puis à Clermont-Ferrand qui « mariage fait sera ma mère ». Aux Lajoie s’ajoutent les Mazenc,  en même temps s’établit une passerelle entre  terril  et  terroir.

 

La mine broie ses hommes et tue aussi, ainsi le père du conférencier meurt au fond de la mine, Roger a 4 ans, son frère 18 mois, le destin bascule : la mine c’est fini, pourtant Roger n’oubliera jamais, il  reviendra dans le Bassin pour exercer les fonctions de maire à Firmi mais pour l’instant il doit s’immerger dans une famille de substitution : grand-mère,  tante et oncle, mais aussi dans la vie d’un petit village rural  où il connaîtra la guerre scolaire, le suicide de l’institutrice, le sport et la situation d’enfant de chœur. L’oncle, de condition modeste, va de ferme en ferme ; la tante, bonne chez l’instituteur, se verra proposer un ascenseur social avec une formation de secrétaire de mairie.

 

Boursiers d’état, les frères Lajoie étudieront ensuite à Villefranche ; le destin s’acharne : la mère meurt d’un cancer, la tante adopte, les deux frères porteront désormais le nom de Lajoie-Mazenc.

 

                Decazeville quittée trop tôt a laissé peu de souvenirs, Roger travaille beaucoup pour reconstituer ce que fut le passage de sa famille dans cette cité où ils n’ont été « propriétaires de rien, sauf d’une place au cimetière» ; La Bastide-l’Évêque ne les connaîtra pas propriétaires non plus mais des personnes ont ouvert leurs portes, leurs photos, leurs ordinateurs comme Bruno Muratet : le grand-père Mazenc fut fermier chez les Muratet. La vie du village se précise avec ses grosses propriétés, ses animaux primés dans les salons, l’arrivée du machinisme agricole etc. On constate que les trois cités dans lesquelles ont évolué les Lajoie : Decazeville, La Bastide-l’Évêque et Villefranche ont toutes souffert de la fermeture de leurs mines respectives. Villefranche va devenir la cité refuge où d’adolescents ils deviendront des hommes, pour Roger ce sera le scoutisme, la musique et aussi le cyclisme. Les foires du 22 et les fêtes de la Saint-Jean ont laissé des précieux souvenirs, c’est en effet lors d’une de ces fêtes qu’il fit la connaissance d’une jeune fille de Maleville, ce seront alors de fréquents trajets en vélo  entre  La Bastide-l’Évêque et  Maleville  par la dure côte des Taillade pour retrouver celle qui  deviendra plus tard son épouse.

 

                Il termine sa conférence par l’évocation des différentes guerres auxquelles ont participé les Lajoie et les Mazenc pour parler particulièrement de celle d’Algérie à laquelle il prit part ; il reviendra sur cette partie marquante de sa vie au cours de 70 conférences données dans 13 départements dont une pour la SAVBR il y a 6 ou 7 ans et son excellente mémoire a conservé le souvenir d’une salle disposée dans l’autre sens !

 

Conférencier alerte, très agréable à écouter, il nous fit part d’un récit intime où les nombreuses péripéties racontent la vie douloureuse d’une famille tout en partageant  la mémoire d’un monde disparu. Ce mélange de vie sentimentale et  d’analyse sociologique  des XIX, XX, XXIe servi par un conteur expérimenté convainquit l’auditoire et assura, dans le public, la vente de ce dernier opus « De terre et de charbon ».