Le 2 avril 2016, le président  Bruno Muratet propose à  l'assemblée générale  les sujets habituels mis à l'ordre du jour puis présente la conférence: "De Saint-Salvadou à la Chaussée d'Antin, l'extraordinaire ascencion sociale des Rouziès-Labastide."
 
    Louise Angèle Françoise Julie ROZIERS (1780-1860), veuve St Martin Labastide, habitant au 11, quai de la Sénéchaussée, hérite en 1820 de son frère, Receveur Général des Finances, d’une fortune  de 1,5 million de francs (fortune  estimée aujourd’hui à 3,5 millions d'€).

Elle reconstruit dès 1820 la chapelle de St Jean d'Aigremont puis fait ériger calvaire et chemin de croix. Elue Prieure de la Confrérie des Pénitents bleus pour l'année 1821, elle sera choisie   l’année suivante comme Prieure par les Pénitents noirs. Les deux congrégations se disputent la nouvelle chapelle. L'évêque de  Cahors et de Rodez B. Cousin de Grainville (+1828 - jusqu'en 1822 le Rouergue anticoncordataire dépendit des Evêques de  Cahors) statua pour une tutelle des Pénitents bleus ; quelque temps plus tard on dut imposer aux confréries pour  l'inauguration du chemin de croix du Calvaire une procession en double file, les Bleus à droite, les Noirs à gauche... « C'est surtout par le recueillement et la dévotion que les Pénitents bleus se distinguèrent dans cette cérémonie qui eut lieu ledit jour le onze mai 1825 » nous dit le livre des bleus. En 1842 Madame Rouzies donna la chapelle du Calvaire à la paroisse St Augustin - on supposera qu'elle avait dû  se fâcher avec tous les pénitents...

Madame Rouzies Labastide  a sauvé, en la restaurant, l'église des Augustins : Tableaux 1825, chaire et croix de l'autel 1827, vitraux du chœur 1846-47,  croix du St Jean 1851, chapelle Notre Dame de Pitié et son vitrail 1857 etc...

 

            Françoise de RENALDY–St-SAUVEUR (1734-ca 1795), la mère de Julie et de JB-François ROUZIES, était issue d'une relation ancillaire d'un fils cadet des anciens seigneurs de St Salvadou, déchus en 1724. Elle n'avait été légitimée que par le mariage (sur décision de l'évêque et sans annonces préalables) en 1767 de ses parents, à l'âge de 33 ans, après son mariage avec Louis ROUZIES.   

On imagine que  Louis ROUZIES (1730-1798),  12° et dernier enfant d'une famille de laboureurs du Mas de Jonquières à St Salvadou, commis aux tailles,  bénéficia de quelques protections pour devenir Receveur des Finances de Villefranche. On a peu de détails sur la carrière du fils, J. Baptiste-François RO(U)ZIE(R)S (1768-1820), mort à Paris,  richissime Receveur Général des Finances. Il laissait une fille, Athenaïs-Justine-Françoise de St-SAUVEUR-ROUZIES (1807-1874), âgée de 13 ans et qu'il dotait d’une fortune estimée équivalant  à 1 million d’euros, et d'un tuteur, le comte (général d'Empire) Sylvestre RICARD (1771-1843), alors Pair de France, institué d'une mission précise : "J'entends que la mère de cette mineure ne puisse jamais avoir aucun droit à lajouissance de ces 400 000 frs" (minutes de Me Jean Louis Beaudesson, Paris 21 août 1820). RICARD adopta la fille qui vint vivre chez lui. Julie la tante l'adopta aussi, et l'on ne sait rien d'autre de la vraie « mère de cette mineure », baptisée tardivement le 19 avril 1815, à l'âge 7 ans, en l'église St Louis de la Chaussée d'Antin.

 

Athenaïs sera marraine de la cadette des filles de Ricard, née en 1826, l'année  de son mariage avec Edouard de Sambucy de Sorgues, jeune officier natif de Millau en poste sous le commandement de Ricard à Marseille. On la trouvera en 1840 prieure des Pénitents noirs et propriétaire du château de Cazelles à La Bastide l'Evêque. Ricard, qui avait été prieur de Pénitents bleus en 1826, mourra en 1843 au château de Varès (Recoules -Prévinquières), le couple Sambucy fut tuteur de cette fille cadette.  

            Avant la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, et l'interdiction des congrégations, les derniers prieurs des Pénitents noirs (1903-1904) furent Marguerite-Marie et Joseph de Sambucy de Sorgues, petits- enfants d'Athénaïs.

 

            En 1911 la nouvelle municipalité de Villefranche-de-Rouergue voulait-elle faire sens en débaptisant la« rue de la Liberté » en « rue Rouziès-Labastide» ?