L'A.G. de printemps, une des deux assemblées générales intermédiaires avec celle d'automne, a pour mission de faire le point sur la vie associative et d'introduire la conférence qu' elle précède.

Les points traditionnels ont été abordés:

1 - admission d'un nouveau membre: aujourd'hui M. Serge Roques, maire de Villefranche;

2 - informations sur la sortie de Périgueux du 12 mai 2012;

3 - programme d'animation du Musée Urbain Cabrol pour la saison estivale.

Aujourd'hui Danièl Brillet ne nous parlera pas de l'exceptionnel patrimoine architectural de la chartreuse Saint-Sauveur de Villefranche - de - Rouergue qui en fait "la seule chartreuse en France ouverte à la visite dans cet état de conservation". Devançant le thème des journées du Patrimoine, il choisit de nous en présenter le "Patrimoine oublié" . Si l'intérêt de ce patrimoine n'échappe à aucun des auditeurs - il rend même plus proche et plus sensible la vie quotidienne  des chartreux - il faut reconnaître qu'il  n'est pas  suffisamment pris en considération avec comme conséquence de cette  négligence, un oubli possible, une dégradation silencieuse ou "invisible" pour beaucoup et, au pire, une disparition.

Le conférencier nous propose, par un diaporama, une visite de la chartreuse selon un circuit permettant de découvrir ce patrimoine oublié.  Envisager la vie des religieux à partir de la seule règle cartusienne paraît insuffisant mais poser le regard sur les objets qu'ils ont manipulés, sur le décor qu'ils ont cotoyé tout au long de leur vie rend  à  ces moines toute leur humanité.

Une vue ancienne restitue  l'ensemble des bâtiments enserrés dans une clôture. Née en 1452 du voeu d'un riche marchand: Vézian Valette,  elle "enfermait", dès 1458 une communauté de chartreux sous l'autorité d'un recteur; treize  ermitages répartis autour du grand cloître et les logements du recteur, d'un sacristain, d'un procureur et d'un adjoint abritaient cette communauté de 17 personnes à laquelle s'ajoutaient les convers.

 

Chartreuse Saint-Sauveur

Tabula

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces moines, murés dans le silence, communiquaient par l'intermédiaire d'un tableau de bois: la tabula. Ce meuble retrouvé dans la sacristie est-il une tabula ou un aide-mémoire du sacristain? Les avis divergent. Les inscriptions latines et la série de points alignés n'en révèlent ni son identité ni son mode de fonctionnement. En tout état de cause, cet objet du XVII ème dont quelques rares exemplaires ont été conservés présente un grand intérêt, il conviendrait d'en assurer la pérennité car son état déplorable laisse craindre une dégradation irréversible.

Dans le vestibule est accrochée une copie du retable dont l'original vendu fin XIX ème se trouve au musée d'Ecouen après un séjour au musée de Cluny . Cette vente l'a probablement sauvé d'une dégradation certaine. Cette peinture sous-verre du XV ème dans un encadrement de bois du XVI ème représente des scènes de la Passion.

Xylographie - Saint BrunoUne porte allant vers l'église laisse à peine deviner  deux affichettes, quasiment invisibles, que seul un procédé photographique particulier permet de visualiser. L'une représenterait saint Bruno et daterait du XVI ème, ses inscriptions latines en mauvais état sont cependant lisibles, l'autre porte l'inscription "Jésus" en grec.

L'observation de cartes postales du début du XX ème révèle des surprises:  des éléments ont disparu, comme un grand lustre, les portes du chancel, la chaire qu'avaient installée les soeurs de Nevers, et un immense tableau occupant toute la largeur du réfectoire. Raymond Laurière affirme que ce tableau, dont on ne connaît pas le sujet, était encore à sa place il y a une quarantaine d'années.

Une autre carte postale montre la présence de deux petits tableaux se faisant face de part et d'autre de la nef dont un est aujourd'hui cassé. Ils représentent deux livres des chartreux: un antiphonaire et un nocturnal.

La charteuse compte dans son mobilier un magnifique reliquaire mais les reliques qu'il contenait ont disparu.

Reliquaire  Pillage ou lente dégradation guette ce patrimoine que la négligence et les ans conduisent à la destruction. Danièl Brillet a réussi à préserver des éléments de serrure qui auraient suivi les portes vers la déchetterie. C'est, pour lui, l'occasion de nous faire part, de manière très précise,  du  fonctionnement des nombreux - et ingénieux - systèmes de serrure qu'utilisaient les  chartreux, cloisonnant de manière surprenante leur espace intérieur.

SerrureA disparu aussi la vaisselle d'étain des chartreux, une photographie des alentours de 1945 nous la restitue partiellement

D'autres pièces ont été conservées dans les locaux de l'hôpital et sont ainsi soustraites à la visite:

- un pilon de bronze de 55 kg provenant de l'ancien hôpital Saint-Loup, (objet non cartusien),

- un tableau représentant la Vierge à laquelle les chartreux manifestaient une vive piété,

-  une bible  des débuts de l'imprimerie.

Ce diaporama-conférence nous a fait découvrir un autre visage de la chartreuse et de la vie des chartreux à partir de ces objets du quotidien et en a révélé toute la richesse patrimoniale. Les auditeurs rejoignent l'appel de  Danièl Brillet  pour la sauvegarde des  quelques objets  en perdition témoins de  cette longue histoire. Aux mécènes de se manifester!

(D'autres photographies  figurent dans l'album: Chartreuse Saint-Sauveur)